Bulgarie (suite)

Samedi 12 juin

Peu de temps après avoir quitté l’hôtel nous nous retrouvons au village de Madara au-delà duquel un escalier conduit à la base d’une falaise. Taillé dans le roc, un cavalier mesurant 25 m de haut est représenté transperçant un lion gisant sous les pieds de son cheval. Ce cavalier serait un khan bulgare du début du VIIIe siècle triomphant de son ennemie Byzance symbolisée par le fauve. Cette sculpture est inscrite à l’UNESCO. Nous voici maintenant à Varna où au sortir de la poste, nous surprend un montreur d’ours. En Yougoslavie au contraire, c’est en pleine campagne que nous en avions vu.

A midi après avoir roulé sur la route côtière, arrêt pique-nique dans un joli bois de chênes de l’espèce Quercus cerris. Puis jolie petite piste serpentant, elle, dans une belle forêt de feuillus parmi d’autre chênes nommés Quercus polycarpa. Les accompagnent Fraxinus ornus connu chez nous des Alpes maritimes, Sorbus domestica aux fruits en forme de petites poires et bien d’autres essences orientales telles que Carpinus orientalis, Tilia tomentosa, Acer tataricum etc… Dans les clairières et en bord de route, nous notons quelques herbacées comme Dianthus pseudarmeria, Lychnis coronaria, Campanula macrostachia, Tanacetum macrophyllum. Bientôt s’arrête la route à l’ extrémité du Cap Emine. Nous dominons d’assez haut le rivage. Afin d’herboriser, nous décidons d’ emprunter un semblant de sentier serpentant dans la pente abrupte d’un ravin et de remonter par un autre. Nous admirons et photographions de belles inconnues telles Astragalus varius, Lathyrus aureus, Goniolimon collinum, et deux plantes assez communes, Potentilla recta et Veronica austriaca. Il nous faut maintenant refaire en sens inverse la jolie route du Cap Emine afin de retrouver la voie Nord-Sud que nous empruntons en direction du midi. Un arrêt près d’une fontaine nous permet de noter Knautia orientalis et Buplevrum rotundifolium ainsi que deux apiacées, Ferulago sylvatica et Heptaptera triquetra. Cette dernière est une intéressante endémique de la Bulgarie et de la Turquie d’Europe.

Enfin nous quittons la grand-route afin de nous rendre à Nessebär, ancien port gréco-romain situé sur la Mer Noire. Revenant sur la route principale, nous reprenons la direction de Burgas. Peu avant le joli port de Sozopol, nous accueille un hôtel tout neuf, aux chambres agréables donnant sur la mer. Le repas, pris dans le jardin, nous est servi par l’hôtelière qui passa une partie de sa vie tant en France, qu’en Suisse et en Allemagne.

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Cavalier de Madara

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Acer tataricum

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Lathyrus nissolia

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Campanula macrostachia

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Tanacetum macrophyllum

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Cap Emines

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Goniolimon collinum

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Ferulago sylvatica

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Heptaptera triquetra

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Nessebär-le-port

Dimanche 13 juin

On peut nous retrouver ce matin herborisant au sud de Sozopol, en bordure des dunes du Parc Naturel du Ropotamo, à une cinquantaine de kilomètres de la frontière turque. Ces dunes ménagent à leur base des creux au sol marécageux à l’origine d’un biotope bien diversifié. Elles fournissent tout un contingent de plantes qu’on peut aisément trouver à Sète par exemple. En voici quelques unes: Achillea maritima, Ammophila arenaria, Artemisia maritima, Eryngium maritimum, Euphorbia paralias et peplus, Plantago arenaria, le beau Pancratium maritimum surnommé lis de mer. Quant aux espèces orientales, elles ne sont pas encore fleuries pour la plupart, et donc difficiles à déterminer. Voici toutefois Jurinea albicaulis aux tiges d’un blanc d’argent, Silene dichotoma et thymifolia, Centaurea arenaria aux fleurs tout juste en boutons, etc…

Nous voici maintenant encore plus au sud, longeant une rive d’un petit fleuve côtier, le Ropotamo. Ce qui est fort intéressant ici, c’est le « longos » , terme qu’on peut traduire par forêt fluviatile. Voici à son sujet, une phrase que cite Polunin, extraite d’un guide touristique : « des chênes puissants, des ormes et des frênes, des saules massifs, des sinueux, donnent au paysage de Ropotamo un véritable aspect de jungle. » Et il ajoute qu’ici « flore et faune étant uniques en Europe, sont du plus grand intérêt pour les naturalistes du monde entier ». Bien que nous ne puissions pénétrer dans l’impénétrable longos, nous pouvons nous en approcher de fort près et nommer les différentes espèces d’arbres et d’arbustes de même que quelques plantes herbacées. Voici ce que nous avons relevé.

Acer campestre et tataricum, Alnus glutinosa, Carpinus betulus, Fraxinus angustifolia subsp oxycarpa, Populus alba, Quercus robur et pedunculiflora, Ulmus minor, parmi les arbres.

Pour les arbustes et plantes herbacées, voici :

Callystegia sepium et sylvatica, Clematis vitalba et viticella, Corylus avellana, Crataegus monogyna et pentagyna, Cynanchum acutum, Euonymus latifolius, Ligustrum vulgare, Periploca graeca, Smilax excelsa, Dioscorea communis etc.

Bien que nous ne soyons qu’à 50 km de la Turquie, nous faisons demi-tour. Deux ou trois kilomètres plus loin, arrêt sur un parking où un immense panneau nous fournit quelques renseignements sur le parc de Ropotamo. Puis mini-promenade de 200 à 300 m sur un sentier en caillebotis longeant le lac d’Arkutino dont les berges n’offrent rien d’intéressant. Toutefois l’examen des alentours du parking nous permet de noter quelques espèces orientales et quelques autres peu communes chez nous dans l’ensemble. Ce sont :

Aegopodium podagraria, Lepidotrichium vechtritzianum, Petrorhagia prolifera, Pisum sativum, Symphytum orientale, Trifolium lappaceum et purpureum, etc.

A regret, nous quittons ces lieux si propices à l’herborisation. Direction de Burgas où à la sortie nous délaisserons la route côtière pour filer au nord-ouest. Un peu plus loin, arrêt pour le repas de midi pris sous un des noyers qui bordent la chaussée. Photographie d’Achillea crithmifolia qui n’avait pas encore à cette époque envahi le bassin méridional du Rhône. A 84 km de Burgas nous empruntons une petite route serpentant dans la montagne de Kolen. Arrêt dans un bois nous paraissant intéressant, afin d’herboriser. Nous y relevons entre autres Lysimachia punctata, Gladiolus illyricus, Lathyrus laxiflorus, Knautia macedonica, Onobrychis arenaria subsp lasiostachia, Campanula lingulata et le magnifique et surprenant Verbascum phoeniceum dont la teinte d’un violet clair nous surprend.

Plus loin à l’embranchement de la toute petite route qui conduit à Zeravna, une falaise est toute tapissée d’Alyssum corymbosoides. A ses pieds s’épanouissent de belles touffes de Brassica juncea.

A Zeravna, premier village typique que nous avons le plaisir de visiter, nous nous égarons. Yvonne et moi-même attendons en bord de route Paul et Jeannette partis à la recherche de la voiture. Sous de lourds nuages qui s’amoncellent, le paysage devient lugubre. Puis des éclairs zèbrent le ciel et la pluie commence à tomber. Heureusement, la voiture arrive, juste à temps… une trombe d’eau s’abattant sur nous et tout autour. Très, très lentement nous atteignons le centre d’un village. Plus aucune voiture en marche, la nôtre seulement. Cependant au bout d’un quart d’heure tout se calme et une vingtaine de kilomètres plus loin, la chaussée est sèche et sans encombre nous parvenons à Veliko Tarnovo. A 2 ou 3 km de cette ville se trouve le motel Sveta Gora où nous décidons de faire étape. La vue de nos chambres est splendide : au premier plan, des arbres à longues grappes dorées, et à l’arrière plan l’ancienne et pittoresque cité de Véliko Tarnovo aux antiques maisons s’étageant au-delà du pont enjambant la Lantra.

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Parc national de Ropotama et Nessebär

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Dunes du Ropotamo

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Jurinea albiflora

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Silene thymifolia

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Silene dichotoma

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Linum tauricum

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Rives du Ropotamo

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Le Ropotamo

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Trifolium purpureum

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Achillea crithmifolia

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Campanula lingulata

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Verbascum phoeniceum

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Brassica juncea

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Zeravna

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Zeravna

Lundi 14 juin

Ayant profité d’une vue merveilleuse sur la vieille cité de Véliko Tarnovo, nous décidons de quitter l’hôtel sans prendre la peine d’aller la visiter. Donc direction d’Arbanassi ville fondée par de riches réfugiés albanais dès le 15e siècle. Elle fut, au 18e, presque entièrement détruite par des bandes de pillards. Actuellement, plusieurs demeures parmi celles qui ont été épargnées ont été restaurées et ouvertes aux touristes. Nous en visitons une : grandes pièces à boiseries, plafonds peints de motifs géométriques. Dans le salon, d’immenses divans aux couvertures bayadères s’alignent contre les murs… Mais il nous faut la quitter pour en visiter d’autres encore, et des églises. Le long des ruelles empruntées croissent de nombreuses touffes d’agripaume (Leonurus cardiaca), rare chez nous.

Maintenant nous sommes au monastère de la Transfiguration. L’église, construite tout à la base d’une immense falaise, fut décorée par Zacharie Zographe ; l’iconostase est ornée de motifs empruntés à la nature tels que vigne grimpante, fleurs, oiseaux etc. La visite terminée, nous empruntons la route de Trjavna. Dans les parages, à part Chamaecytisus albus, pas de plantes spectaculaires.

Arrivée à Trjavna, merveilleux village aux très nombreuses et belles maisons anciennes bien conservées et artistiquement restaurées. Nous allons par de pittoresques ruelles, nous rendre au logis de Hadji Daskalov . Comme toutes les autres antiques habitations du village, elle est recouverte d’un important toit de lauzes destiné à protéger la demeure de la pluie et du fort enneigement de la région. A l’intérieur, deux salles immenses au plafond de bois sculpté.

Dans la vieille église où nous nous trouvons actuellement, nous admirons aussi de belles sculptures de bois et de superbes icônes de l’école de Trjavna datant du 17e siècle. Quant à la Tour de l’Horloge, nous ne la visiterons pas.

Après quelques emplettes chez un vieux dinandier parlant admirablement bien le français, nous dégustons des boissons prises à la terrasse d’un salon de thé donnant sur une sorte de cour où, à profusion fleurissent des roses, puis nous partons.

En route pour Bojentsi aux quelque 200 maisons anciennes. Une omission dans ma carte routière ne nous permet pas d’atteindre ce village en cul de sac. Abandon du projet et, pour changer un peu, direction du col de Spika où nous herboriserons. Arrêt en cours de route où nous notons Spiraea media, indigène ici, Colutea orientalis, plante caucasienne naturalisée en Yougoslavie et en Bulgarie, et de nouveau Calystegia sylvatica. Nous continuons, mais à 1000 mètres, nouvel arrêt et prospection malgré une petite pluie fine et persistante. Dans la forêt qui nous entoure nous notons Fagus x moesiaca (hybride de hêtre occidental et de hêtre oriental), Helleborus cyclophyllus, Polygonatum latifolium et quelques espèces courantes chez nous. Peu avant le col, des arbustes à fleurs blanches attirent notre attention. Il s’agit de Physocarpus opulifolius que nous ne manquons pas de photographier. Au col même nous ne nous arrêtons pas et de ce fait nous ne pouvons goûter le yaourt au lait de bufflonne. Dans la descente du col, voici Senecio squalidus que nous connaissons de Yougoslavie. Ailleurs une brassicacée jaune, abondante, ne peut être déterminée faute de fruits. Un peu plus bas quelques pivoines, Paeonia peregrina, arrondissent leurs belles corolles d’un rouge soutenu.

Une quinzaine de kilomètres avant Kazanlak, des coupoles dorées étincellent sous les rayons du soleil couchant. Intrigués nous allons voir. Bientôt, émergeant d’une obscure forêt, une basilique blanche, couronnée de multiples dômes d’or, apparaît. C’est l’église de Sipka élevée à partir de 1896 à la mémoire de combattants russes et bulgares morts pour la libération de la Bulgarie. Nous revoici sur la grand-route près des toute premières maisons de Kazanlak. Arrivés à la ville, après avoir retenu les chambres au motel, nous terminons une journée bien remplie au restaurant voisin où un repas simple mais bon nous est servi.

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Veliko Tarnovo

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Arbanasi : mur

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Arbanasi : cheminée

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Leonurus cardiaca

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Leonurus cardiaca

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Preobrajenski : le monastère

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Eglise du monastère de Preobrajenski

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Chamaecytisus albus

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Triavna

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Triavna : maison Daskalov

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Triavna : salon de thé

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Spiraea media

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Colutea orientalis

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Paeonia peregrina

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Nouvelle basilique près de Kazanlak

Mardi 15 juin

A 8 heures ce matin, nous sommes déjà à la recherche du musée de la rose qui se trouve en fait… face à l’hôtel que nous venons de quitter. Un car y déverse sa cargaison de touristes japonais qui aussitôt se jettent sur les petites ampoules d’essence… de rose. Bien sûr la Bulgarie est le premier producteur mondial d’huile essentielle de rose, mais aussi d’eau de rose, de liqueur de rose, de confiture de rose et même de loukoum à la rose.

A vrai dire ce musée de la rose est décevant et n’apporte pas grand chose et, quant à l’extérieur, minable est sa mini-roseraie. Déception encore car nous ne pourrons voir la reconstitution d’un tombeau thrace découvert par hasard en 1944.

Tout au long de la route conduisant à Kalofer se succèdent d’immenses champs de rosiers interrompus par endroits de vétustes distilleries à hautes cheminées. Un arrêt pour photographier un rosier au parfum suave nous permet de noter quelques plantes que voici : Vicia hybrida, Sedum hispanicum et surtout l’orientale Knautia ambigua.

N’ayant pu avoir notre petit déjeuner ni à l’hôtel ni au restaurant de Kazanlak, nous le prenons peu avant Kalofer à la terrasse d’un café-restaurant, terrasse à l’ombre d’un grand et vieux chêne au feuillage clair mêlé d’un feuillage plus foncé. Mais ce dernier est celui d’une loranthacée ex famille du gui et de l’arceuthobium : Loranthus europaeus, lui aussi plante parasite comme ses deux cousins. Paul et Jeannette, tout comme moi, le connaissons déjà de Serbie.

Dans Kalofer nous entrons afin de trouver le sentier qui, d’après Polunin, devrait nous conduire au chalet nommé Gendama. De là nous devrions grimper jusqu’à une cascade dont les abords recèlent une flore très intéressante. Mais hélas, nulle part n’est indiquée la direction de ce lieu. Alors, bien qu’il ne soit qu’onze heures trente, nous décidons de pique-niquer sur de grosses pierres encombrant le lit d’une rivière que nous venons de traverser. Après quoi, venant de découvrir un sentier balisé grimpant dans la montagne, Yvonne et Jeannette décident d’ y aller faire un petit tour pendant que Paul et moi nous nous reposerons. Deux heures plus tard elles sont de retour sans aucune fleur mais avec des sacs pleins de Boletus reticulatus, le bolet d’été, le meilleur d’entre tous les cèpes. N’ayant pu faire l’excursion à Gendema, nous ne coucherons pas à Karlovo comme prévu. Une quinzaine de kilomètres au-delà de cette agglomération, s’embranche à Kamare, plein nord, la route de Lovec-Pleven passant par le col de Trajan à 1525m. Peu après le croisement, arrêt botanique, le site nous paraissant intéressant . En effet presque toutes les plantes sont des espèces orientales : Achillea ageratifolia, Chamaecytisus heuffelii, Dianthus petraeus noeanus, Hypericum rochelii, Scutellaria altissima. Plus haut, avant le col, Jeannette découvre Haberlea rhodopensis ainsi qu’Achillea grandifolia.

A 19 heures, arrivée à Lovec où j’avais sélectionné pour le lendemain, l’hôtel Issaria. Situé en bordure d’une grande place piétonne, nous aurions été obligés de transporter nos bagages, à pied et ce qui plus est sous la pluie ! Paul préfère donc le grand hôtel à l’entrée de la ville. Il a raison : il est très bien et les repas y semblent meilleurs et plus variés qu’à l’ordinaire.

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Entre Kazanlak et Camare

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Rosier pour l’essence de rose

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Rose pour l’extraction de l’essence

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Gros chêne de 150 ans

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Loranthus europaeus

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Au pied des Monts Kalofer

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Balises de randonnée pour les Monts Kalofer

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Bois de pins dans les Monts Kalofer

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Achillea ageratifolia

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Verbascum lanatum

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Achillea grandifolia

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Haberlea rhodopensis

(suite) Roumanie / Bulgarie 5

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