D’après FR8201727 – L’Isle Crémieu Natura 2000
L’ île Crémieu ou Isle Crémieu est située dans la partie Nord du triangle formé par le plateau de Crémieu en Isère. On y trouve successivement d’épaisses couches calcaires formant les belles falaises du nord-ouest, une alternance sur le plateau de strates marneuses et calcaires jurassiques. La région a été fortement affectée par les glaciations qui y ont laissé des traces très nettes : nombreux dépôts morainiques, tourbières d’origine glaciaire. Entre le 16ème et le 18ème siècles, les moines ont créé de nombreux étangs sur les petits cours d’eau.
Le site de l’Isle Crémieu est un site d’une très grande richesse écologique. Il compte au moins 33 habitats d’intérêt communautaire, dont 8 prioritaires, et 34 espèces de l’annexe II de la directive Habitats, dont 13 espèces d’invertébrés et 12 espèces de mammifères.
Ce réseau de petits plans d’eau et de zones humides associées héberge la population de tortue Cistude la plus importante de la région Rhône-Alpes. La Cistude d’Europe (1220), bien qu’encore très présente en Europe, est l’espèce de reptiles qui a le plus régressé ces dernières années, notamment en Europe centrale, mais également en France. Les populations de Cistude présentes sur l’Isle Crémieu sont les plus importantes de toute la région Rhône-Alpes. Avec les populations de Camargue, ce sont les deux principaux noyaux du quart sud-est de la France.
En raison de l’inclinaison générale vers le sud-est, assurant un ensoleillement important, de nombreuses prairies et pelouses sèches fauchées ou pâturées recèlent d’abondantes stations d’orchidées remarquables.

Lundi 19 mars, le rendez-vous avait été fixé à Morestel (Isère) par nos amis et interlocuteurs de la Société Linnéenne de Lyon, Bernadette Berthet et Didier Roult, à 10 h précises. A deux heures de route de notre terrain habituel de prospection, l’objectif était de découvrir à la fois un territoire géomorphologique singulier et une flore inhabituelle pour des Ligériens. Nous ne fumes pas déçus !
Guidés par nos amis, nous nous sommes déplacés sur 4 sites susceptibles d’abriter des taxons peu courants, voire absents de notre département de référence, la Loire.
Ils sont présentés ci-dessous par ordre chronologique de nos observations.
Tout d’abord, dans les environs très proches de Morestel, à quelques centaines de mètre du village de Le Bouchage, nous avons pu observer une magnifique population de plusieurs centaines de Fritillaria meleagris L. Cette magnifique Liliaceae est totalement inconnue de la Loire. Elle fréquente les pelouses humides, voire très humides et sa tige porte habituellement une fleur mais on peut rencontrer des sujets à 2 ou 3 fleurs.






A proximité immédiate de ces Fritillaires, le long de la route, une petite population d’Anemone ranunculoides L. ou Anemone fausse renoncule attirait l’oeil par ses fleurs jaune vif. En effet, ses fleurs jaunes, lors d’un examen rapide, pourraient la faire passer pour une renoncule. Celle-ci est totalement absente de la Loire. Plante assez rare en général, mais pouvant former, quand elle est présente, d’abondantes populations. Espèce d’ombre ou de demi-ombre, sous forêts de feuillus, sur sols basiques ou parfois très légèrement acides, limoneux ou argileux, assez frais ou humide ; de l’étage collinéen à l’étage montagnard (entre 100 et 1500 mètres). Ici elle est en bordure de champs…



Nos amis nous ont ensuite orientés à proximité du marais de Lancin pour rencontrer les Anemone hepatica L. ou Hépatique à trois lobes de la famille des Renonculacées. Ce taxon ne fait l’objet que d’une seule observation dans la Loire et encore vraisemblablement en position secondaire… Ses feuilles caractéristiques persistent une grande partie de l’hiver, et sont souvent encore présentes à la floraison, alors que les feuilles de l’année ne sont pas encore développées ; limbe coriace, luisant, souvent rougeâtre en dessous, trilobé, à 3 lobes entiers et égaux, cordé à la base, cilié au bord à l’état jeune.



Nous avons ensuite pris la direction de la Cascade du Moulin de la Roche où nous allons pouvoir observer successivement Arabis montana, Isopyrum thalictroides, Scilla bifolia, Leucojum vernum, Daphne laureola.

Arabis alpina L. est inconnue dans la Loire. Elle fréquente exclusivement les rochers et éboulis des zones montagneuses, plutôt sur substrat calcaire (granitique en Corse). Cette Brassicacée est caractérisé par sa pubescence blanchâtre, ses feuilles ovales ou oblongues, molles, dentées, les caulinaires embrassantes-auriculées.



Isopyrum thalictroides L. ou Isopyre faux-pigamon est connu d’une quinzaine de stations dan la Loire. Cette Renonculaceae affectionne les sous-bois humides. Elle se caractérise par des feuilles glabres, à folioles trilobées et ses fleurs d’un blanc pur, ses 5 sépales pétaloïdes, caducs et ses 5 pétales très petits, contractés à la base, ouverts en cornet, ses follicules 1-3, sessiles, ovales, fortement comprimés, à bec droit, plus court qu’eux.


Scilla bifolia L. ou Scille à deux feuilles. Une quinzaine de stations sont connues dans la Loire. Comme son nom l’indique, cette petite plante de la famille des Asparagacées, porte 2 feuilles, parfois 3, embrassant la tige presque jusqu’au milieu, lancéolées, concaves. Les fleurs sont généralement bleues, parfois blanches ou roses en corymbe lâche.

Leucojum vernum L. ou Nivéole de printemps est peu présente dans la Loire, quelques stations dans la plaine et une population un peu plus importante dans le Massif du Pilat. Cette Amaryllidacée mesure entre 15 et 40 cm. Ses feuilles, au nombre de 3 ou 4, sont dressées, vertes, largement linéaires obtuses, plus courtes que la tige comprimée-trigone assez robuste. Ses fleurs blanches, grandes, ordinairement solitaires, sont penchées, odorantes, sortant d’une spathe univalve, lancéolée, largement membraneuse, au moins aussi longue que le pédoncule.



Daphne laureola L. ou Laurier des bois. Une quinzaine de stations sont signalées dans la Loire. Cet arbrisseau qui peut s’élever à un peu plus d’un mètre, présente une tige dressée souple. Il présente la particularité de disposer ses feuilles en rosette au sommet de ses rameaux. Ses fleurs sont jaune verdâtre, peu odorantes, pédicellées, disposées en petites grappes axillaires penchées, le périanthe est glabre, à lobes ovales-lancéolés 2-3 fois plus courts que le tube. Il est présent un peu partout en France, dans les bois montueux et plutôt calcaires.

Nous ne pouvions pas terminer cette journée sans nous rendre à proximité de Torjonas, à la rencontre d’Erythronium dens-canis ou Dent de chien, famille des Liliacées. Ce taxon n’est pas connu dans la Loire.
Cette petite plante de 10 à 20 cm doit son nom à son bulbe oblong-pointu, blanchâtre, en forme de dent (voir ci-dessous). Ses feuilles sont au nombre de 2, insérées au-dessus de la base de la tige, opposées, pétiolées, lancéolées, longues de 4-7 cm. Elles sont tachées de brun rougeâtre. Les fleurs sont penchées, solitaires, terminales portant 6 tépales roses à rouge violacé, connivents à la base, étalés-recourbés, puis réfléchis, les 3 extérieurs sont munis à la base de 2 callosités nectarifères. Les anthères sont bleu violacé.





Après une journée bien remplie, nous avons remercié nos amis de nous avoir guidés sur ces taxons inconnus ou peu connus sur notre terrain de prédilection et nous nous sommes promis de leur faire découvrir à leur tour certaines stations de plantes messicoles particulièrement intéressantes.