A l’image du dernier séjour qui nous avait permis de découvrir le Mont Ventoux sous la conduite de Georges Guende, botaniste émérite et fin connaisseur de la flore méditerranéenne, nous avons décidé de partir à la découverte de la flore du Luberon, toujours sous sa conduite éclairée ; n’est-il pas l’auteur, chez Edisud, d’un ouvrage intitulé “Flore du Luberon”, entre-autres ?
La période choisie, du 19 au 22 mai, devait permettre d’observer un cortège assez large de taxons, les derniers printaniers et les premiers estivaux. De ce point de vue la mission a été accomplie avec un peu plus de 250 taxons répertoriés.
Pas vraiment en position centrale mais offrant de bonnes qualités d’hébergement pour une vingtaine de participants, les gites du Château de Rustrel furent choisis comme lieu de résidence, offrant de bonnes conditions mais nous éloignant parfois de plus d’une heure de route pour atteindre les stations convoitées.

Le Luberon est un véritable carrefour biogéographique synthétisant les influences méditerranéennes, alpines, euro-sibériennes et atlantiques, chacune pouvant être en limite d’extension. Aux influences multiples il faut ajouter la grande diversité géologique et des reliefs contrastés laissant admirer de magnifiques paysages et ouvrant de larges perspectives de recherche.
Le programme retenu pour ces 4 jours permettait d’alterner des journées très physiques marquées par des dénivelés conséquents pour des botanistes toujours prompts à s’arrêter au premier frémissement d’une feuille ou au clin d’œil d’une fleur narquoise, et des journées de “repos”, autrement dit tout aussi intenses mais dépourvues de dénivelés…
Dès le premier jour il fallait marquer les esprits… L’objectif consistait à monter sur les sommets dénudés du Pelat de Buoux à 900 m d’altitude depuis les Gorges de l’Aigue Brun pour nous attarder sur les parties sommitales.




Voir ci-dessous la liste des taxons observés, classés par ordre alphabétique.
| Nom scientifique | Nom |
|---|---|
| Achillea odorata L. | Achillée odorante |
| Aethionema saxatile subsp saxatile | Aéthionema des rochers |
| Alyssum alyssoides (L.) L. | Alysson à calices persistants |
| Amelanchier ovalis Medik. | Amélanchier à feuilles ovales |
| Anacamptis pyramidalis (L) Rich. | Orchis pyramidal |
| Anthemis arvensis L. | Anthémis des champs |
| Anthyllis montana L. | Anthyllide des montagnes |
| Arenaria aggregata subsp. aggregata | Sabline agglomérée |
| Arenaria serpyllifolia L. | Sabline à feuilles de serpolet |
| Argyrolobium zanonii | Argyrolobe de Linné |
| Armeria arenaria subsp. bupleuroides (Godr.&Gren.) Greutter & Burdet | Arméria faux buplèvre |
| Asplenium fontanum (L.) Bernh. | Asplénium des fontaines |
| Asplenium scolopendrium L. | Scolopendre |
| Astragalus glycyphyllos L. | Astragale à feuilles de réglisse |
| Astragalus hypoglottis L. | Astragale pourpre |
| Campanula rapunculus L. | Campanule raiponce |
| Carduus nigrescens subsp. nigrescens | Chardon noircissant |
| Carex liparocarpos Gaudin | Laiche à utricules lustrés |
| Caucalis platycarpos L. | Caucalis à feuilles de carotte |
| Centranthus calcitrapae (L.) Dufr. | Centranthe chausse-trappe |
| Cephalanthera damasonium (Mill.) | Céphalanthère jaunâtre |
| Cephalanthera longifolia (L.) Fritsch | Céphalanthère à longues feuilles |
| Chaenorhinum rubrifolium | Linaire à feuilles rougeâtres |
| Cistus albidus L. | Ciste cotonneux |
| Clematis flammula L. | Clématite flammette |
| Clinopodium acinos (L.) | Petit Basilic des champs |
| Coronilla scorpioides (L.) | Coronille queue de scorpion |
| Cotinus coggygria Scop. | Arbre à perruques |
| Crepis suffreniana Steud. | Crépis de Suffren |
| Daphne laureola L. | Laurier des bois |
| Digitalis lutea L. | Digitale jaune |
| Erysimum nevadense subsp. colliparsum (Jord.) P.W.Ball | Vélar du Roussillon |
| Euonymus latifolius (L.) Mill. | Fusain à larges feuilles |
| Euphorbia characias subsp. characias | Euphorbe des garrigues |
| Euphorbia serrata L. | Euphorbe à dents de scie |
| Fraxinus ornus L. | Frêne à fleurs |
| Fumana ericifolia Wallr. | Fumane à feuilles de bruyère |
| Galium corrudifolium Vill. | Gaillet à feuilles de corude |
| Galium lucidum All. ? | Gaillet luisant ? |
| Genista cinerea (Vill.) | Genêt cendré |
| Genista hispanica L. | Petit Genêt d'Espagne |
| Genista pulchella Vis. | Genêt de Villars |
| Geranium lucidum L. | Géranium luisant |
| Helianthemum apenninum (L.) Mill. | Hélianthème des Apennins |
| Helianthemum hirtum (L.) Mill. | Hélianthème hérissé |
| Helianthemum oelandicum subsp. canum | Hélianthème |
| Hippocrepis comosa L. | Hippocrépis à toupet |
| Hippocrepis emerus (L.) Lassen | Faux-Baguenaudier d'Europe |
| Inula montana L. | Inule des montagnes |
| Jasminum fruticans L. | Jasmin d'été |
| Juniperus phoenicea L. | Genévrier de Phénicie |
| Klasea nudicaulis (L.) Fourr. | Serratule à tiges nues |
| Lactuca perennis L. | Laitue vivace |
| Lathyrus latifolius L. | Gesse à larges feuilles |
| Lathyrus oleraceus subsp. biflorus (Raf.) H.Schaef., Coulot & Rabaute | Pois élevé |
| Lathyrus sphaericus Retz. | Gesse à graines rondes |
| Lilium martagon L. | Lis martagon |
| Limodorum abortivum (L.) Sw. | Limodore à feuilles avortées |
| Linum narbonense L. | Lin de Narbonne |
| Marrubium vulgare L. | Marrube blanc |
| Medicago orbicularis (L.) Bartal | Luzerne orbiculaire |
| Melittis melissophyllum L. | Mélitte à feuilles de mélisse |
| Minuartia rostrata (Pers.) Rchb. | Minuartie à rostre |
| Myosotis arvensis (L.) Hill | Myosotis des champs |
| Onobrychis supina (Chaix ex Vill.) DC. | Esparcette couchée |
| Ononis minutissima L. | Bugrane très grêle |
| Ophrys scolopax Cav. | Ophrys bécasse |
| Ophrys vetula Risso | Ophrys fausse bécasse de Nice |
| Orchis purpurea Huds. | Orchis pourpre |
| Ornithogalum orthophyllum Ten. | Ornithogale des Etrusques |
| Orobanche amethystea Thuill. | Orobanche du Panicaut |
| Orobanche hederae Duby | Orobanche du lierre |
| Orobanche ramosa L. | Orobanche ramifiée |
| Osyris alba L. | Rouvet blanc |
| Pentamena montanum (L.)D.Gut.Larr., Santos-Vicente,Anderb. E.Rico & M.M.Mart.Ort. synonyme de Inula montana | Inule des montagnes |
| Plantago argentea Chaix | Plantain argenté |
| Plantago media L. | Plantain moyen |
| Poa bulbosa L. | Pâturin bulbeux |
| Pyrus spinosa Forssk. | Poirier à feuilles d'amandier |
| Sanicula europaea L. | Sanicle d'Europe |
| Scorzonera austriaca subsp. bupleurifolia (Pouzolz ex Timb.-Lagr. & Jeanb.) Bonnier | Scorsonère à feuilles de buplèvre |
| Sideritis romana L. | Crapaudine romaine |
| Spartium junceum L. | Genêt spartier |
| Trigonella sp. | Mélilot |
| Valeriana calcitrapae L. | Centranthe chausse-trape |
| Verbascum chaixii Vill. | Molène de Chaix |
| Veronica orsiniana Ten. | Véronique d'Orsini |
| Vicia narbonensis subsp. johannis (Tamamsh.) Jauzein | Vesce d'Ivan |
| Vicia onobrychioides L. | Vesce fausse esparcette |
| Vicia tenuifolia Roth | Vesce à feuilles étroites |
Ci-dessous figurent les illustrations d’un certain nombre de taxons cités ci-dessus, apparaissant par ordre alphabétique.







Arenaria aggregata subsp. aggregata ou Sabline à fleurs en têtes. Feuilles connées, coriaces, épaissies à la marge, lancéolées-aiguës, canaliculées et glabres en dessus, carénées et pubérulentes en dessous, la plupart imbriquées en croix. Espèce très souvent en compagnie du Genêt de Villars, sur dalles karstiques et pelouses steppiques rocailleuses très ventées et dénudées.








Carex liparocarpos Gaudin ou Carex à fruits lustrés. Tige grêle, triquètre, rude au sommet ; feuilles plus courtes que la tige, larges de 1 à 2 mm, rudes ; épi mâle solitaire, lancéolé, fauve, ; 1 à 3 épis femelles dressés, ovoïdes ou oblongs, peu denses, rapprochés et subsessiles ; bractées rousses-scarieuses ou l’inférieure engainante à ponte herbacée ; utricules roussâtres, luisants, ovales-subglobuleux (4 mm), nervés, à bec assez court bidenté dépassant l’écaille. Caractéristique des sables calcaires, également sur crêtes ventées steppiques.



Centranthus calcitrapae (L.) Dufr. ou Centranthe chausse-trape. Plante annuelle de 10-40 cm, glabre, verte, souvent rougeâtre, tige dressée, cylindrique, finement striée, creuse, feuilles radicales obovales, entières ou lyrées, les caulinaires sessiles, pennatiséquées, à lobes souvent dentés ou incisés, ordinairement plus courtes que les entrenoeuds. Fleurs rosées, distiques et unilatérales sur les rameaux à la fin divariqués ou recourbés de la panicule corymbiforme. Lieux secs et arides du Midi et du Sud-Ouest.




Coronilla scorpioides (L.) W.D.J.Koch ou Coronille scorpion. Plante annuelle de 10-40 cm, glabre et glauque, feuilles inférieures simples, spatulées, les autres tri-foliotées, à folioles très inégales, la terminale bien plus grande et ovale, les latérales petites, arrondies en rein, sessiles et rapprochées de la tige. Fleurs jaunes, petites, 2-4 sur des pédoncules égalant ou dépassant peu la feuille. Moissons et lieux cultivés, dans le Midi, l’Ouest et le Centre.



Crepis suffreniana (DC.) J.Lloyd ou Crépis de Suffren. Plante annuelle à souche émettant une seule tige, quelquefois deux, de 5-15 cm dressée, rameuse, feuilles radicales petites en rosette, pubescentes-rudes, oblongues, subspatulées, entières, sinuées ou lyrées-pennatifides, les supérieures lancéolées, embrassantes et auriculées à la base, capitules petits penchés avant la floraison, involucre à poils courts, glanduleux, à folioles aiguës ne dépassant pas 6 mm de longueur à la maturité, égalant les aigrettes ou guère plus courtes. Sables surtout maritimes également sur pelouses ouvertes de crêtes.
Georges Guende m’a fait passer les commentaires qui suivent à propos de ce Crepis et qui méritent toute notre attention :
Dans La Flore remarquable des Bouches-du-Rhône: « Le crépide de Suffren peut être considéré comme une espèce endémique de France. En effet les très rares citations anciennes en Italie (notamment en Toscane) sont douteuses et à ce jour non confirmées. Sa répartition est scindée en deux pôles : littoral atlantique (Gironde, Vendée, Loire-Atlantique) et le Midi (de l’Hérault aux Préalpes de Grasse) ».
Selon Flora Gallica : l’aire disjointe française de ce petit crépide recouvrirait deux taxons morphologiquement proches (présence ou pas de glandulosité) dont les biotopes seraient différents, celui du littoral atlantique inféodé aux sables arrière dunaires fixés reste à décrire.
Dans le Midi ce sont les crêtes ventées calcaires et leurs sables dolomitiques désagrégés qui lui sont favorables. C’est d’ailleurs une des espèces caractéristiques du Carici nitidae- Crepidetum suffrenianae association végétale des pelouses des crêtes élevées et ventées méridionales décrite par René Molinier, le père de la phytosociologie provençale.













Klasea nudicaulis (L.) Fourr. ou Serratule à tige nue. Plante vivace à tige de 2-5 dm toujours simple et monocéphale longuement nue au sommet. Feuilles lisses nullement rudes, les inférieures atténuées en pétiole, arrondies au sommet, entières, très rarement lobées, les supérieures sessiles acuminées, entières, rarement dentées. Involucre gros, globuleux, à folioles noires au sommet, les moyennes et les extérieures terminées par un mucron courbé en dehors. Espèce alticole des dalles rocheuses karstiques et pelouses rocailleuses, souvent en compagnie du Genêt de Villars (voir ci-dessus).




Lathyrus oleraceus subsp. biflorus (Raf.) H.Schaef., Coulot & Rabaute ou pois élevé. Tiges atteignant souvent ou dépassant 1 mètre, robustes, flexueuses ; feuilles à 2-3 paires de folioles ovales-oblongues, entières ou à peine crénelées ; stipules non tachées, à oreillettes arrondies ; fleurs à étendard et carène d’un rose violacé avec les ailes d’un pourpre noirâtre, grandes de 2-3 cm, 1 ou 2 sur des pédoncules aristés ou non, 1-2 fois plus longs que les stipules ; gousses longues de 6-10 cm sur 10-14 mm.



Plante vivace de 30-80 cm, tomenteuse-blanchâtre, à odeur pénétrante, tiges épaisses, simples ou peu rameuses, feuilles pétiolées, ovales-orbiculaires, en cœur ou en coin à la base, irrégulièrement crénelées, ridées, tomenteuses, vertes en dessus, fleurs blanches, en verticilles axillaires nombreux. Nitrophile des milieux anthropisés, très liée au pastoralisme, bergeries et reposoirs à troupeaux.


Plante annuelle de 20-60 cm, couchée, presque glabre, folioles obovales en coin, dentées dans le haut, stipules découpées en lanières fines, fleurs jaunes, petites, 1-3 sur des pédoncules aristés plus courts que la feuille, pédicelles plus longs que le tube du calice, ailes plus courtes que la carène, gousse grande (10-18 mm de diam.), glabre ou pubescente, non épineuse, lenticulaire, non ou à peine perforée au centre, à faces convexes munies de nervures rayonnantes, à 3-5 tours de spire.









Ornithogalum orthophyllum Ten. ou Ornithogale des Étrusques. (voir commentaire ci-dessous de G. Guende)
“Le genre Ornithogalum est un groupe difficile, il a fait au cours du temps l’objet d’interprétations contradictoires selon les auteurs, avec les problèmes nomenclaturaux qui en découlent et tout dernièrement encore.
Ornithogalum angustifolium fait partie d’un groupe assez mal connu avec entre autres collinum, gussonei et orthophyllum. De récentes études cytotaxonomiques menées sur les O. angustifolium de nos collines méditerranéennes ont finalement montré que les populations françaises ne seraient pas vraiment séparables des O. orthophyllum voisins italiens. Dans la nouvelle acceptation nomenclaturale c’est ce dernier qui est maintenant validé dans Taxref, et dans Flora Gallica d’édition un peu plus récente que la Flore Méditerranéenne.
Chez O. orthophyllum les bulbes ne se divisant normalement pas, outre ce premier caractère à examiner principalement ce taxon n’est malgré tout pas très difficile à identifier sur le terrain, les individus sont tous ou presque tous isolés, et ce sont toujours de petites plantes pourvues de feuilles dressées et très étroites égalant ou dépassant peu une inflorescence pauciflore de 1-5 fleurs en corymbe.”




Habituellement les stigmates sont de couleur rougeâtre. Pousse sur les Eryngium, dans le Midi, l’Ouest et le Centre.





Arbre peu élevé, épineux, à jeunes pousses et bourgeons tomenteux, feuilles oblongues-lancéolées ou obovales, en coin à la base, à limbe 2-4 fois plus long que le pétiole, tomenteuses-blanchâtres dans leur jeunesse, à la fin presque glabres, fleurs moyennes à pédoncules laineux, calice à lobes persistants, pétales pubescents à l’onglet, styles un peu plus courts que les étamines, fruit petit, subglobuleux, arrondi à la base.


Plante annuelle de 10-30 cm, mollement velue, à racine grêle, à tiges simples ou rameuses à la base, feuilles ovales-oblongues, vertes, velues, à dents robustes et assez nombreuses, les florales presque conformes dépassant les fleurs, fleurs blanches ou un peu rosées, disposées par 6 en verticilles axillaires, distincts, occupant souvent toute la longueur des tiges, calice bilabié, nervé, bossu en avant à la base, à dent supérieure bien plus grande, ovale-mucronée, les 4 inférieures triangulaires-aristées, corolle dépassant peu le calice, à lèvre supérieure entière

