Samedi 16 et dimanche 17

Départ, ce samedi matin 16 décembre de l’hôtel de Clanwilliam. Après avoir roulé sur quelques kilomètres, on aperçoit depuis les hauteurs où nous nous trouvons, une étendue infinie jaune paille, ponctuée de gros rouleaux de même teinte. Ourlant cette étendue, à l’horizon, des montagnes bleutées se fondent dans le ciel d’azur. Ces immenses champs de céréales traversés, nous atteignons une agglomération où Alain va nous laisser un moment afin d’aller faire le plein d’essence, dit-il. Nous sommes là à proximité d’un lac qu’on peut atteindre par une petite sente. Le milieu étant pauvre en cette saison, je décide de faire demi-tour. Reprenant le chemin du retour, j’arrive à un croisement de routes où se trouve une maison gardée par un gros chien noir. Dans ses parages j’aperçois une sauge à fleurs d’une teinte magnifique, d’un rouge vermillon clair, que je m’empresse de photographier, bien qu’elle soit en fin de floraison. Du jardin, la maîtresse des lieux, m’apercevant, m’invite à la rejoindre. Tout en me faisant visiter l’appartement, elle m’amène à la bibliothèque où se trouvent de nombreux livres sur la région. Elle m’apprend alors qu’elle et son époux ont acheté la propriété récemment et n’y vivent que depuis une semaine, après avoir définitivement quitté la grande ville de Pretoria et qu’ils sont parfaitement heureux de pouvoir jouir d’une vue imprenable sur la nature et son lagon… Mais tout d’un coup j’aperçois la voiture rouge… alors adieu aux charmants habitants de la maison. Et, tout en montant dans le véhicule, voilà que m’apparaissent, plus loin, de grands bâtiments où en lettres énormes est marqué « sel Cérébos », le nom du sel de mon enfance. Et, peu de temps après, nous sommes à l’entrée du WCNP, le Parc National de la Côte Ouest, qui s’étendant sur 18000 ha est l’une des rares grandes réserves du littoral sud-occidental de l’Afrique du Sud. Au-delà de l’entrée, nous atteignons bientôt un lieu de rêve : eaux couleurs de jade et de turquoise bordées de sables blancs dominés de vertes collines. Alain nous octroie seulement trente minutes en ce site pourtant paradisiaque. Et quel dommage qu’en cette fin de printemps austral, tout soit déjà si sec ! Quelle splendeur se devait être quand fleurs de toutes couleurs revêtaient ces terres colonisées par une sorte de fynbos ici appelé sandveld, formé essentiellement de buissons plus ou moins rabougris, assez souvent desséchés. Nous y notons Euphorbia burmannii en mauvais état, mêlé à de jeunes cotylédons, Cotyledon orbiculata. Voici un autre arbuste à longues épines légèrement arquées, à feuilles ovales, lisses et brillantes, à jolies fleurs où, entre les cinq pétales lancéolés, se logent cinq étamines semblables à de courtes épingles. Le centre de la fleur est formé de cinq carpelles formant une sorte de couronne au milieu de laquelle se trouve une petite masse d’un rouge corail. Il s’agit de Maytenus oleoides. Un arbuste voisin, lui, à épines très longues et parfaitement droites, restera indéterminé. D’autres arbrisseaux, s’échappent encore des rameaux raides entièrement recouverts de minuscules feuilles et terminés chacun par une fleur de pompons blancs et dont le nom est Phylica ericoides. Une gentianacée arbustive, Chironia linoides, porte de jolies fleurs roses. Une branche voisine, quant à elle, est en partie dissimulée par un splendide balai de sorcière de quelque vingt centimètres de diamètre et formé d’une infinité de rameaux mordorés s’entrelaçant les uns les autres. Mais pour changer, jetons tout de même un coup d’œil à nos pieds. Voici en quantités des tiges cylindriques de 2 à 3 cm de large, entièrement recouvertes d’excroissances coniques en quinconce. On pourrait si on ne regardait pas les fleurs, la prendre pour une cactée ; mais c’est une euphorbe appelée Euphorbia paniculata mais dont le nom valide est désormais caput-medusae en référence à la forme de ses fleurs. Ces euphorbes sont comme Euphorbia burmannii, accompagnées elles aussi, de Cotyledon orbiculata, presque chaque jour rencontré. Nous aimerions maintenant nous rapprocher de la côte, mais la progression dans ce fynbos épineux est presque impossible. Contentons-nous, d’où nous sommes, de photographier une vaste étendue de sable blanc étincelant sous le soleil matinal.

Clanwilliam depuis la chambre de l’hôtel
Vers Langebahn : Salvia lanceolata
Lagune près de l’exploitation du sel Cérébos vers Langebahn
Vue sur le lagon vers Langebahn
Maquis du WCNP : Euphorbes et lagon
Maquis-du-WCNP Gérard, Françoise et Odile
Maquis WCNP : Euphorbia burmannii en mauvais état
Tylecodon au WCNP
Maytenus oleioides au WCNP
Phylica ericoides au WCNP
balai de sorcière au WCNP
Euphorbia caput-medusae au WCNP
Euphorbia caput-medusae ex tuberculata
Maquis du-WCNP : Euphorbia tuberculata = caput-medusea
Maquis du West Coast National Park : Cotyledon orbiculata
Etendue de sable blanc

La demi-heure probablement dépassée, nous allons, à regret, rejoindre Alain et la voiture. Le fynbos plus loin, est égayé par la présence d’autruches se frayant un passage dans l’inextricable végétation, à la recherche de quelque subsistance. Après avoir traversé un espace vierge et sauvage, Alain enfin s’arrête à l’entrée d’un restaurant perdu, isolé en pleine nature ; quant à Odile et moi nous pique-niquons, inconfortablement installées sur une branche basse d’eucalyptus, afin de profiter de son ombre légère. Pique-niquer, malgré tout, présente maints avantages dont celui d’observer, de contempler, d’explorer la nature ou l’environnement. C’est ainsi qu’aujourd’hui, dès que nous avons terminé, nous nous dirigeons vers le lagon tout proche entrevu tout à l’heure. Deux francolins, à notre approche, s’enfuient dans les hautes herbes. Dans un eucalyptus nous dénombrons sept nids de tisserins. Nous empruntons maintenant un caillebotis traversant une sorte de sansouïre, caillebotis parvenant à un abri aménagé en poste d’observation. De là on peut aisément apercevoir la gent ailée, telle que goélands, cormorans et autres volatiles comme cette oie d’Egypte couvant ses œufs, mais relayée de temps à autre, par une congénère. Mais il nous faut songer à rejoindre la route… Il était temps car arrivées à l’extrémité du caillebotis, nous voyons apparaître le minibus rouge. Vite en voiture pour redescendre guère plus loin, afin de photographier le seul limonium rencontré durant tout notre séjour africain. Il s’agit de Limonium peregrinum, magnifique statice à fleurs roses très fournies, masquant quelques rameaux plus ou moins épineux. Tout à côté, érigée, à branches blanches, se dresse une asperge un peu semblable à Asparagus albus de chez nous, ici Asparagus lignosus. Il n’est que 14 heures lorsque nous repartons.

Dernier coup d’oeil au maquis du WCNP
autruches environs de Langebahn
Depuis l’observatoire d’oiseaux
vers Langebahn : Limonium peregrinum
vers Langebahn : Limonium peregrinum
Asparagus lignosus vers Langebahn

Certes nous aurions pu rester bien plus longtemps en ce lieu de rêve, d’autant plus que l’hôtel retenu pour ce soir aux abords de Stellenbosch est tout près du Cap à 86 km d’ici. Mais Alain décide de partir et nous roulons, roulons, sans arrêt aucun. Nous venons de passer devant la centrale nucléaire gérée par la France, laquelle fournissait 10% de l’électricité du Cap. Puis toujours sans arrêt, nous rejoignons très tôt l’hôtel Protea où nous passerons notre dernière nuit africaine. Le soir a lieu un repas de mariage, alors nous dînerons dans une salle à part. Après quoi pour regagner nos chambres, il nous faut traverser le jardin. Au-dessus de nous, un ciel austral constellé d’étoiles, nous donne le plaisir de bien distinguer la constellation de la Croix du Sud qui depuis si longtemps, hante mon esprit… et me voici fredonnant la chanson de Joséphine Baker : « la Croix du sud au fond des cieux ; Brésil ».

En ce samedi matin 17 décembre, nous quittons l’hôtel Protea pour Stellenbosch où certains effectuent d’ultimes emplettes. Puis dans un restaurant situé en bordure d’une grande place, nous nous installons pour déguster entre autres un délicieux poisson. Dès le repas terminé, Alain s’empresse de nous conduire à l’aéroport où l’avion pour Frankfort doit décoller vers 18 heures. Installée près d’un hublot, je jouis d’une vue extraordinaire sur les montagnes que nous survolons à quelque 10000 mètres d’altitude. Puis bientôt l’avion atterrit à Johannesburg et redécolle presque aussitôt. Emergeant de l’assoupissement qui m’avait gagnée, j’aperçois, surprise, des lumières dans les ténèbres. Ce doit être Tripoli… Plus tard, nous voici à Frankfort où nous allons attendre deux bonnes heures un bus qui nous conduira à l’avion qui enfin nous amènera à Lyon. Là encore, près d’un hublot, je jouis d’une vue fabuleuse sur monts enneigés puis sur villes et routes où les voitures semblent être ces dinky-toys qu’autrefois aimaient tant nos enfants. Enfin nous sommes dans l’aéroport Saint-Exupery où j’ai le grand plaisir de retrouver Paul mon époux, venu me chercher. Ainsi se termine notre voyage. Alors que pouvons-nous en dire ? Naturellement beaucoup de bien. Bien pensé, bien organisé par Françoise, il nous a permis de contempler des sites d’une grande originalité, d’une incomparable beauté et surtout il nous a permis de découvrir une flore à nulle autre pareille et d’une magnificence sans égale. Merci à elle et merci à Gérard à qui je dois bien des noms de plantes.

(suite)